Post partum

Maïeutique, qu’on vous dit.


Ben certes, maggle. J’ai ce sentiment fort périnéen de m’être auto-accouché (prends garde à toi, tournure de phrase sourcilleuse et iconoclaste).
Ce matin, vingt-deuxième et dernière de notre Carmen, Etoile du Cirque au Théâtre des Champs-Elysey (oh yeah). Pour Régis au fond qu’a pas suivi, un opéra participatif ousque les marmots ils t’ont bossé les tubes de notre Carmen nationale, et les entonne à 10 du mat par lot de 1200, pour le bonheur de nos glandes lacrymales.
Je sais pas bien si tout le monde (et limite, moi-même) calcule le bouzin: Don José à 10h du matin globalement hein, et le tout 22 fois. Parfois deux fois par jour. Au max, 7 fois sans jour de pause. Bon alors hein, on se détend les amygdales, le rôle était allégé, toussa, mais gloubi-boulgu tout l’hardcore du rôle était là, en condensey.
Je suis passé par toutes les couleurs. Dos bloqué, angine sur-infectée, les réveils à 5h-6h du mat, et j’en passe. Et j’ai tenu. Les doutes à la suite d’une mauvaise critique, j’ai tenu. Les doutes des patrons, et j’ai tenu. Je n’en étais jamais arrivé là.
Ma voix, je l’ai brisée. Mais pas comme vous croyez. Je l’ai déconstruite, nettoyée pièce par pièce, re-huilée, ré-assemblée. Il m’est arrivé de bosser 2h de suite le même ralenti, le même ornement dans l’air de la Fleur.
J’ai médité au propre et au figuré pendant je ne sais combien d’heures pendant des semaines chaque parcelle de ce rôle. Avec le sentiment que je m’approchais à peine du premier pour-cent de sa profondeur. Et là encore, la boule au ventre avant de monter sur scène, la boule au ventre au moment d’y retourner après ma première sortie. Une semaine avant le début de la reprise, l’odeur du sang dans la bouche, le tourbillon dans les pensées, les extrémités les plus viles dans l’humeur. Et pourtant je suis là. Et pourtant malgré la violence de ne pas se sentir soutenu par ceux-là même qui sont venus me chercher, j’ai survécu, j’ai tenu, j’ai écouté, absorbé, digéré, transformé, transmuté mes doutes, mes craintes, ce doute qui fait que je suis moi, entier et brûlant.

Oui, je doute. Oui je pense. Il n’est pas défendu de penser? Très bien, je n’ai ni le bagage, ni l’assurance de certains de mes partenaires. Mais j’en ai une autre. Je n’ai pas passé vingt-cinq ans de ma vie dans les dôjô sans en retirer quelque chose. Pas spécialement une expertise dans les arts martiaux que j’ai étudiés, mais quelque chose de finalement bien plus précieux. J’ai mis tout ce temps à comprendre ce que c’était. A entendre parler de cette notion sans réellement en saisir le sens. L’esprit du débutant.

Oui, je le clame, ne vous en déplaise, je suis un débutant. Oui, je continuerai à chercher, à expérimenter, à me remettre en question, à douter, à déconstruire, à réassembler, à désapprendre, et à réapprendre. Je suis un débutant. Je prendrai les remarques de mes pairs. je me remettrai en question. Je passerai par des moments d’exaltation, et des moments de dépression. J’ai toujours pris les coups, et c’est ma force, quelque chose qui me ressemble, qui vient de moi. Je prendrai les coups. Et j’apprendrai. Si au soir de ma vie, je ne suis pas devenu le grand ténor que certains espéraient, mon ego compris, le regretterai-je? J’ai l’orgueil de penser que non. Un pas après l’autre. D’autres arrêteront. D’autres verront la gloire. Les mêmes la perdront peut-être. Pas moi. Une phrase? Un air? Un rôle? Je les vivrai avec la même vigueur. Avec la même passion. Avec le même acharnement. Avec le même amour.

Comble du symbole, mon professeur d’aïkidô Issei est venu accompagner son fils ce matin à la dernière et a assisté à la représentation. Ils ne le savent sans doute pas, mais son frère Leo et lui ont grandement changé ma vie. J’ai appris d’eux (entre autres) le sens de la Voie. De l’engagement. Du dévouement au chemin parcouru et à celui à venir. Et peu importe les réussites comme les échecs, je suivrai la Voie (oh oui Geralt, je pense à toi aussi).

Don José a été une thérapie pour moi. J’y ai soigné une peine, et je suis allé à la rencontre de moi-même. Oui, j’aimerais de tout coeur reprendre ce rôle (en entier cette fois) pour mûrir encore, aller plus loin à sa rencontre, y apporter plus de vécu, plus d’expérience, et encore une fois me remettre en question. Pourtant, avant de terminer cette dernière, je ne savais pas encore que je pouvais chanter ce rôle, et de cette façon. La Fleur. Aujourd’hui, je t’ai tellement aimée, douce Fleur. Je suis tombé dans ton Vortex, je me suis lié à ton énergie.

Je reprendrai peut-être ce billet plus tard, selon mes pensées « à froid ». En attendant je vous laisse, et je vous donne encore mon coeur plein d’amour et d’espoir.

Samy

Catégories :A propos, Actus

samycampstenor

French Tenor en Vadrouille

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