A change gon’ come, oh yes! it will

Aha! de retour après un mois et demi de contrebande parmi les bohémiens (ahem, à Rouen tout de même), pas trop triste d’avoir des litres de ciel bleu à se faire couler dans l’oeil, et profiter un peu de jeux vidéos et autres séries.
Incroyable expérience que cette Carmen, Reine du Cirque. Un mot sur le projet, déjà: rien ne m’avait préparé à la tonne d’amour que vous offrir 1200 gamins surchauffés à 10h du mat’. Oui oui, 10h du mat’, même avec les Si bémol. Première fois qu’un de mes personnages est ovationné, que je prends les applaudissements après un air… Ouh, ce Don José et moi, on s’entend comme larrons en foire!
Mais je prends aussi la température de ce qu’est un grand, un très grand rôle d’opéra. Pas étonnant qu’on cast généralement un bandit sévèrement… couronné: non seulement le rôle est imposant de par sa longueur, son écriture vocale exigeante, demandant un médium fourni, une bonne voix mixte et des aigus vaillants, mais surtout la charge émotionnelle.

Première fois que j’occis quelqu’un.e sur scène, et diantre, ça vous prend les tripes. Ca vous vide de tout un tas de réserves d’énergie que vous ne soupçonniez même pas (j’ai bien cru que ça allait entamer mes poignées d’amour! ne vous inquiétez pas trop tout de même). Il est dans ces moments très difficile de ne pas se laisser embarquer par le personnage, par le masque, de voir rouge, de se tendre entièrement vers le geste fatal… A la première répétition, j’en ai attrapé des crampes, tellement j’étais devenu bestial, happé par ce Don José rendu fou d’amour. Tout le travail a consisté à conserver la vraisemblance, sans laisser la voix trop subir les tensions du corps.
Assez surpris d’ailleurs que ces petites canailles de cordes vocales ne se fassent pas la malle, confites qu’elles étaient de 12 représentations en 10 jours dont les 5 dernières sous angine! Je dois bien avouer que ce fut une angoisse assez solide de devoir chanter dans ces conditions, aussi souvent (4 représentations les deux derniers jours) un rôle aussi difficile. Il a bien fallu que je lâche quelque chose. Du poids. De la prise. De l’ego.
Mais la beauté dans cette épreuve, c’est que j’ai pu un peu goûter à l’abandon. « De toutes façons, je ne peux pas chanter aujourd’hui, alors je monte sur scène, et je m’en remets aux Muses et au public ». Et pif, miracle. Dès le duo avec Micaëla, la voix surgit, un brin fébrile, fragile, mais tendre, et souple. Un cadeau. J’ai fait mes preuves. Plus besoin de performance, plus besoin de « faire du son », de prouver: juste chanter.

Les quelques jours suivant la fin de cette étape de la production, grosse introspection. Oui, les mots, oui, la comédie, oui l’interprétation… Mais le chant? Quand suis-je chanteur dans tout ça? Bien sûr, artiste lyrique. Mais à quel moment chanteur d’opéra? Je crois que pour une fois, je l’ai été sur cette production de Carmen. Et plutôt que de lutter contre ces différents aspects de ma personnalité d’artiste, je vais embrasser un peu plus ce plaisir d’être chanteur, de faire des sons plus jolis que gros, et accepter que l’interprétation passera par d’autres canaux de transmission!

Que la Force soit avec vous, et surtout, gros bisous.

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